Alain Corbellari

Les mondes du Concombre masqué

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Attention ! Le Concombre Masqué te regarde !

Avertissement

 

La première version de ce travail a été rédigée en 1984, alors que son auteur (*) avait dix-sept ans. Il n’était évidemment pas envisageable de la livrer au public telle quelle. Nous nous sommes cependant limités — dans l’attente d’une publication papier que nous n’espérons point trop lointaine et qui, elle, sera entièrement repensée à nouveaux frais — à améliorer l’expression, à supprimer les redites, à expliciter quelques points et à corriger les erreurs manifestes, en accord avec Nikita Mandryka à qui nous sommes extrêmement reconnaissant du regard bienveillant qu’il a bien voulu accorder à cette œuvre de jeunesse. Nous nous en tiendrons donc strictement ici aux six albums du Concombre qui avaient paru en 1984.

(*) Alain Corbellari, sur Wikipédia, l'encyclopédie libre : http://fr.wikipedia.org/wiki/Alain_Corbellari

Alain Corbellari, né le 17 février 1967 à La Chaux-de-Fonds, est un enseignant et écrivain neuchâtelois.

Biographie :

Alain Corbellari est professeur associé de littérature française à l'Université de Lausanne et à l'Université de Neuchâtel. Il a réalisé une thèse à la Sorbonne en 1996, publiée aux éditions Droz en 1997, Joseph Bédier écrivain et philologue.

Auteur également d'un opéra pour enfants, de poèmes symphoniques, Alain Corbellari est un spécialiste de Charles-Albert Cingria. Il enseigne la littérature française médiévale à l'Université de Lausanne.

"La mer illusoire" est son premier roman.

(*) Alain Corbellari, à la Faculté des Lettres et Sciences Humaines
Institut de littérature française de L'Université de Neuchâtel : * Domaines de recherche * Postes et activités professionnelles* Publications et activités de recherche : http://www2.unine.ch/ilf/corbellari_alain

NOTE : le PDF des Mondes du Concombre (sans les illustrations) est disponible et téléchargeable à l'adresse :

http://www.leconcombre.com/bd4/blog/Alain.Corbellari-Les.Mondes.du.Concombre.Masque.pdf

 

Introduction

 

Les Aventures potagères du Concombre masqué forment la principale contribution de Nikita Mandryka au domaine de la bande dessinée[1]. Contribution modeste sur le plan quantitatif mais capitale par son originalité et sa qualité.

Sous le couvert d’un absurde résolument non-sensique, cette série fortement originale, aux dessins tout sauf « léchés », véhicule quelques idées fortes qui vont bien plus loin que l’habituelle parodie où l’on a trop tendance à enfermer les dessinateurs de l’équipe de Pilote[2].

Présentons rapidement les six albums constituant à ce jour (1984) Les Aventures potagères du Concombre Masqué (nous désignerons dorénavant les albums par leur numéro d’ordre). 

Concombre Aventures Potagères
k
1 Les aventures Potagères
2 Le Retour
3 Maître du Monde
4 La Vie Quotidienne
5 Broutchlag Mordoré
6 Le Grand Patatoseur

1) Les Aventures potagères du Concombre Masqué (1973) : constitué presque entièrement de brèves histoires en deux planches, il plante d’emblée quelques thèmes essentiels le soleil, le rêve et, d’une manière générale, l’absurde naissant d’expressions prises au pied de la lettre. Cet album ne représente toutefois pas le commencement absolu de la saga du Concombre ; Mandryka avait publié en noir et blanc dans Vaillant des histoires qui préfiguraient celles de ce premier album[3]. 

2) Le Retour du Concombre Masqué (1975) : quatre nouvelles habilement agencées de façon à introduire un renversement de la première dans la quatrième et par la similitude des première et dernière images à boucler le livre sur lui-même en un cycle infini. 

3) Comment devenir maître du monde : (1980) sans doute « le » chef-d’œuvre de Mandryka. Prodigieuse décortication des processus de pouvoir, dénonçant encore un nouveau côté absurde du monde dans un scénario d’une grande complexité qui relègue nettement le dessin au second plan. C’est la première histoire complète du Concombre. 

4) La vie quotidienne du Concombre Masqué (1981) : quatre nouvelles sans lien apparent, en réalité antérieures à l’album n° 3[4], comme le montre la plus importante (que nous appellerons « Le Grand Jour »), qui préfigure par de nombreux points Comment devenir maître du monde. 

5) À la poursuite du Broutchlague mordoré (1982) : histoire complète inspirée d’un conte russe qui rompt avec les thèmes des albums précédents. Nous n’y reviendrons presque pas dans notre analyse. Elle comprend à la fin un résumé de l’histoire du Patatoseur (voir tome suivant).

6) Le Concombre Masqué contre le grand Patatoseur (1983) : histoire complète qui caricature habilement la BD d’aventure traditionnelle. On pourrait la sous-titrer : « de l’impossibilité de faire du Concombre Un héros de BD conventionnel ». C’est en fait la plus ancienne des histoires du Concombre, puisqu’une première version, très proche de celle publiée dans cet album n° 6 en avait paru déjà dans les années 1960 dans Vaillant. 

À la question de savoir si l’auteur a des idées précises sur ce qu’il veut dire ou s’il délire complètement, il me suffira de répondre en évoquant les deux citations placées en épigraphe de l’édition originale du premier album (et — décision de l’auteur ou de l’éditeur ? — qui ont disparu des éditions suivantes).

Ce sont :

« Vous nous introduisez dans la vie, vous infligez au malheureux la culpabilité / Puis vous l’abandonnez à sa peine, Car toute faute s’expie ici-bas. » (Goethe)

et

« …l’éducation ne se comporte pas autrement que si l’on s’avisait d’équiper des gens pour une expédition polaire avec des vêtements d’été et une carte des lacs italiens. » (Freud)

Le thème se précise : c’est bien de l’absurde qu’il s’agit, mais avec des connotations sociales et psychanalytiques. Assurément, l’œuvre n’est pas innocente.

 

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 Notes:



[1] Autres titres : Clopinettes, avec texte de Gotlib, Paris : Dargaud, 1974 ; Mandryka, Paris : Ed. du Fromage, 1976 ; Le Retour du refoulé, id., 1977 et Les Minuscules, ibid., 1979). On trouvera une bibliographie à jour sur le site internet du Concombre masqué.

[2] Signalons en passant que si Gotlib se distingue dans la parodie, d’autres comme Fred se situent ailleurs. Fred, plus graphique, se serait moins facilement prêté à une étude de ce type que Mandryka, chez qui l’aspect verbal — en bonne logique lacanienne – gouverne le dessin, à l’inverse de ce qui se passe chez le père de Philémon).

[3] Comme elles ne furent elles-mêmes republiées que bien après 1984, nous n’en parlerons pas ici ; elles ne contiennent d’ailleurs rien d’essentiel qui soit repris dans les premiers albums Dargaud.

[4] La dernière ("Une histoire sans titre" rebaptisée ensuite "Le jardin Zen"), où le Concombre regarde pousser des rochers, a une histoire : c’est son refus par Goscinny qui a décidé Mandryka à quitter le journal Pilote pour fonder, en 1975, de concert avec Gotlib et Claire Brétécher, L’Echo des savanes.