Alain Corbellari

Les mondes du Concombre masqué

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Rêve et réalité

 

Nous arrivons ici au cœur de l’univers mandrykien, toujours déchiré entre rêve et réalité.

 

1) « La triste-réalité »

 

La réalité, nous l’avons vu, est liée à l’espace. Il y a un espace de rêve et un espace de la réalité sur lequel on retombe toujours comme l’illustre l’histoire intitulée « nuages » (tome 1, page 30) : le Concombre se promène dans les nuages et voit un écriteau « attention à la réalité » ; il se demande ce qu’est la réalité et soudain le nuage se troue et il tombe sur le sol de la « dure réalité ».

Le Concombre entre en contact avec la dure réalité.

Vue sous cet angle-là, la réalité ne peut être que décevante. Et le Concombre s’apercevant de cet état de fait abandonnera vite l’idée de sortir de la réalité pour essayer plus concrètement de se l’approprier, processus qui verra son aboutissement dans le tome 3 « Maître du Monde ». Ainsi, dans les quatre premiers albums, on voit se dessiner une progression très nette partant du constat d’une réalité désespérante et arrivant à une tentative de conquête de cette réalité.

 

L’entreprise se soldera par un échec en raison d’une autre caractéristique de l’espace (et donc de la réalité) que nous avons déjà entr’aperçue : c’est l’impossibilité de saisir un point de référence dans la multiplicité des espaces présents. Tout n’étant que reflet d’un reflet, le rêve n’a pas moins d’importance que le réel supposé. Reflet et image sont interchangeables et la réalité fuit toujours. Ainsi, dans le tome 3 « Maître du Monde », le Concombre se fait supplanter par son reflet. Celui-ci, devenu Norbert Ringard, déclare alors à Chourave : « Tout n’est qu’apparence et derrière les apparences il n’y a qu’illusion » (page 32).

Tout n'est qu'apparence et derrière les apparences, il n'y a qu'illusion.

Le pari du maître du monde, c’est de choisir une idée de départ arbitraire et de la présenter comme vraie. S’il est le seul à savoir qu’elle n’est pas plus vraie qu’une autre, il conservera le pouvoir. Mais la vérité finira par éclater. Et les rêves au Concombre s’écrouleront devant cette réalité qui n’est triste que, parce que n’ayant rien à quoi se raccrocher, elle n’existe pas pour elle-même. Je reviendrai plus en détail sur la dialectique du pouvoir qui fera l’objet d’un prochain chapitre.

 

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 Notes: