Alain Corbellari

Les mondes du Concombre masqué

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Rêve et réalité (fin)

 

5) Les Citations : le projet de départ.

 

Pour clore ce chapitre sur rêve et réalité, il ne me reste plus qu’à le confronter aux deux citations déjà évoquées, inscrites sur les pages de garde du tome 1 « Les Aventures Potagères » et qui semblaient avoir été placées en guise d’éclaircissement sur les intentions premières de l’auteur.

 

Vous nous introduisez dans la vie ;
Vous infigez au malheureux la culpabilité
Puis vous l'abandonnez à la peine,
Car toute faute s'expie ici-bas.

Goethe

 

La citation de Goethe convient bien au tempérament romantique. On peut penser que le poète s’adresse à Dieu, à qui il reproche, pratiquement, de ne pas exister. Il semble l’accuser d’avoir conditionné les hommes à obéir à ce qui n’existait pas. On retrouve ici le thème du tome 3 « Maître du Monde » : se fixer des absolus ne sert qu’à se bloquer soi-même et à laisser les profiteurs se rendre maîtres du monde en profitant de la crédulité des gens. Point de vue existentialiste, parfaitement en accord avec ce que nous avons déjà découvert des idées de l’auteur. Il laisse chacun découvrir le monde seul. Ainsi, au début du tome 1 « Les Aventures Potagères », Mandryka pressentait déjà la conclusion de tout le cycle.

 

"... l'éducation
ne se comporte pas autrement
que si l'on s'avisait d'équiper des gens
pour une expédition polaire
avec des vêtements d'été
et une carte
des lacs italiens.

Freud

 

Quant à la seconde citation, il est très important de noter qu’elle est de Freud, une des références les plus avouées de Mandryka, même s’il n’hésite pas à s’en moquer. Ce que cette phrase a de paradoxal c’est qu’elle ne parle pas directement de problèmes psychanalytiques. Elle dénonce avant tout l’enseignement d’avant Mai 68, lui reprochant de ne pas être adapté à ses buts réels. On peut y lire une justification de l’absurde comme moyen de connaissance, comme truchement pour découvrir une vérité supérieure. Sans les calculs « absurdes » de Lobatchevski, Einstein n’aurait jamais pu découvrir la théorie de la relativité.

 

De même, sans un support apparemment absurde, Mandryka n’aurait pas pu faire passer des idées qui, à l’analyse, se révèlent remarquablement cohérentes. Ainsi, il semble bien que l’auteur a véritablement réussi à dépasser les contradictions apparentes de sa BD pour en tirer des idées concrètes. Nantis de ces clés de lecture, nous pouvons sans crainte continuer l’analyse.

 

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 Notes: