Alain Corbellari

Les mondes du Concombre masqué

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Portée sociale et philosophique (suite)

 

4) La dialectique du pouvoir

 

À travers son apparence absurde, le discours du Concombre (alias Ernest Ringard) constitue une construction d’une logique impeccable, entièrement fabriquée à partir des bribes d’un savoir qui n’est guère qu’une hypothèse de travail. On l’a vu : tout ce qu’il y a d’intéressant à posséder, c’est le pouvoir, l’argent et les femmes. Tout le reste (même le savoir) n’est qu’illusion. On commence, en page 14, par des considérations sur l’amour :

Considérations sur l'Amour

 

Conclusion : il faut dés-amarrer, car : aimer, c’est s’aimer soi-même donc s’amarrer.

La Dérive du Destin, c'est la Tasse !

Mais ce désir de liberté est d’emblée contrecarré par la fausse bonne idée de l’oiseau-tilt qui propose de trouver la solution dans Le Livre du grand Tout. À ce moment précis, la tasse dans laquelle flottent (sur un océan de fantasmes pressés) le Concombre et Chourave se met précisément à dériver, et c’est cette dérive qui débouche précisément sur le réveil, et conséquemment sur le désir de dominer le monde.

Nous pouvons ainsi noter :

 

naissance = irrémédiable

naissance ---> mère

mère = mer

 

La mère est indispensable et c’est finalement à elle que le Concombre voudra revenir quand il verra tout s’écrouler.

 

Puis en page 33, les choses sérieuses commencent quand Chourave devient secrétaire :

 

 

Si nous faisons intervenir le vélo de la phrase du Livre du Grand Tout, nous obtenons: vélo = « instrument religieux » d’une « nouvelle aire de jouissance » (page 33). 

Vélo = « Instrument Religieux » d’une « Nouvelle Aire de Jouissance »

Voilà posée l’utilité du vélo. Reste à définir son mode de construction. Pour motiver le peuple et le mettre au travail, nous l’avons vu, il faut lui donner un absolu, fictif évidemment. Nous partirons donc du mythe du Progrès et de celui de l’Histoire qui en découle :

Le Problème = « Comment faire travailler les masses laborieuses ? » est Résolu !

 

La boucle est bouclée !

 

On pourrait permuter les égalités et multiplier les syllogismes à l’infini. L’important est de constater que tout se tient et qu’à partir d’une idée de départ quelconque (le vélo), on peut arriver n’importe où. Derrière le délire, on devine un mécanisme parfaitement rigoureux. Ainsi, le Maître du Monde distribue les buts et les absolus pour mieux en tirer les ficelles. Quand il s’apercevra que les mythes du progrès, de l’avenir et de l’histoire ne marchent pas, il lui suffira de situer son mythe un cran plus haut : il créera Dieu. Mandryka dénonce ici la démagogie de la religion et établit implicitement le parallèle classique entre communisme (mythe du Progrès) et christianisme (mythe du Paradis). Mais ces mythes seront impuissants à consolider son pouvoir, Qui sait s’il ne sont pas même la source de son échec ?

 

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 Notes: